La fin d'un cauchemar... ou les derniers jours de Timothée en institution spécialisée.
Cela avait pourtant bien commencé : rentrée en septembre 2008 dans un service pour "petits" où les deux structures IEM (Institut d'Education Motrice, à fonction médico-sociale) et CRF (Centre de Rééducation Fonctionnelle, à fonction essentiellement médicale) étaient mélangées. Beaucoup d'enfants d'âges différents, de handicaps différents, et une préoccupation du bien-être de chacun ainsi que de son intégration au groupe.
Timothée s'est épanoui, et a fait beaucoup de progrès dans ses relations avec les autres. Moi j'avais des raisons de râler de temps en temps, mais rien de bien méchant.
Puis à la rentrée dernière Timothée est rentré dans un autre service du centre : le CRF des moyens. Les moyens parce qu'il avait 8 ans, mais pourquoi le CRF et pas l'IEM ? Je n'ai appris que récemment (en avril) que le centre l'avait mis en CRF parce qu'ils n'avaient pas les moyens de financer son transport. Si Timothée avait été en IEM le transport en ambulance aurait été à la charge du centre, alors qu'en CRF c'est l'ARS qui paye. Mais cette information ne m'a pas été donnée au départ. Au départ, on m'a dit que c'était parce que Timothée était trachéotomisé (alors qu'en fait il a un camarade de son âge, trachéotomisé lui aussi, qui est en IEM).
Quelques semaines passent après la rentrée, et en préparation du samedi d'anniversaire des enfants, je demande à Timothée quels copains de son centre il veut inviter. Il m'apprend alors qu'il n'a aucun copain, d'ailleurs il n'a aucune activité de loisirs : il ne joue avec personne, jamais. Il passe son temps, soit en classe avec son maître (et il n'a pas d'affinité particulière avec ses quatre camarades de classe), soit avec sa kiné, ou son ergo, enfin en tête-à-tête avec un adulte.
Moi, je trouve dommage qu'il n'ait plus aucune vie sociale. Ce n'est pas vraiment le "contrat" passé avec le centre. Lors d'une réunion avec tout le personnel du service le 21 septembre, je signale le problème. On me répond que Timothée n'a pas le temps d'avoir des activités de loisirs, il a une prise en charge qui occupe déjà trop ses journées. Et c'est comme ça au CRF ! Dont acte. Je n'ai qu'à la fermer.
Le 18 novembre, Timothée vomit au centre. On me rend compte de son malaise, sauf que sa température n'a pas été prise. Je manifeste ma surprise là-dessus, et la chef-infirmière me répond, droit dans les yeux (elle était chez moi à ce moment-là) qu'il était inutile de prendre sa température puisqu'elle avait pris sa saturation ! Et en parlant de saturation, elle a noté sur le cahier de liaison une saturation à 80% (avec une saturation réellement à 80% l'enfant serait en détresse respiratoire et nécessiterait un apport en oxygène immédiat en service de réanimation). Je connais le saturomètre qu'elle utilise, j'ai le même à la maison, et je sais qu'il arrive souvent que les mesures soient aberrantes. On le voit en faisant le rapprochement entre le résultat de l'appareil et le visage de l'enfant. Une détresse respiratoire, ça se voit aussi à la tête du patient. Donc quand le saturomètre indique 80%, on reprend immédiatement la mesure pour vérifier. Et la mesure que l'on note, c'est la bonne, celle qui est cohérente avec l'aspect clinique...
Elle, la chef-infirmière, elle a noté sans sourciller la mesure aberrante, l'a communiqué au médecin (et à moi), et a attendu tranquillement un quart d'heure avant de reprendre les constantes (en oubliant complètement la température à chaque fois). Je commence donc, à ce stade, à m'inquiéter du niveau des professionnels du service.
A partir de novembre aussi, Timothée commence à me raconter les programmes télé qu'il voit au centre dans la journée. Toute la journée (matin, midi et après-midi). Des chaînes câblées, des programmes pour adultes (il a vu plusieurs épisodes de la saison 4 d'Angel, pour dire). Il fait des cauchemars la nuit, est obsédé par les vampires... Il semblerait donc qu'il ait le temps de faire autre chose que d'être pris en charge sur le plan médical, mais c'est un choix du personnel du service de ne pas l'occuper de façon appropriée pour son âge.
Les vacances de Noël arrivent, et je prends la décision d'avancer mes projets concernant Timothée, et de le faire entrer à Vaucresson, en internat, dès la rentrée prochaine.
En janvier, je dépose le dossier à Vaucresson, et nous prenons rendez-vous pour une visite de l'établissement. Ne sachant pas si ça va fonctionner, je n'en parle pas au centre de Timothée.
En février, nous visitons Vaucresson (que Jennifer a remarquablement décrit dans son commentaire sous le billet précédent), et les enfants sont emballés. Au niveau du quotidien de Timothée, je tire la sonnette d'alarme auprès des médecins à cause de son poids, stagnant depuis 1 an, et nous entreprenons de changer son alimentation, y compris au centre évidemment. Je signale aussi que Timothée fait de l'eczéma (manifestation psychosomatique de son mal-être au centre). La mise en place de sa nouvelle alimentation ne se fait pas sans mal, le personnel mettant une semaine à lui donner une crème hyperprotéinée hypercalorique pour son goûter (ils lui donnent à la place un biscuit et une compote, il faut leur expliquer que ce n'est pas équivalent !).
Anecdotiquement, depuis qu'il a un goûter Timothée n'est quasiment plus scolarisé l'après-midi (il arrive 50 minutes en retard sur un temps d'école de 60 minutes). Je ne l'ai appris que le 8 juin dernier. Alors que le goûter théoriquement doit lui être donné entre sa séance de kiné et l'école, sur une période de temps de 30 minutes, ce qui est largement suffisant (moi aussi, je donne un goûter à la maison à Timothée, je sais combien de temps ça prend).
En avril, je suis informée de la mise en place de nouvelles procédures, et on me dit que Timothée va devoir porter un bracelet plastique indéchirable avec son nom dessus. Gag. Je rigole. C'est une procédure d'"identitovigilance" (sans déconner, ce n'est pas moi qui l'ai inventé). J'exprime mon opinion sur la chose, sans animosité, ni enjeu (moi après tout je m'en fous, de toute façon Timothée ne restera pas très longtemps là-bas). Mais c'est l'occasion pour moi d'expliquer qu'à mon avis, pour garantir sa sécurité, il vaut mieux ne pas le laisser seul, contrairement à ce qui est fait, tous les jours. A cette époque, Timothée est laissé, seul, devant la télévision, à chaque récréation et entre les prises en charge médicale. Maintenant, on le met devant Gulli ou Ludo Zouzou (émissions spécialisées pour les enfants) donc les programmes sont plus appropriés, mais il passe quand même beaucoup de temps devant la télé, et ne joue quasiment jamais. Seul dans cette pièce, avec un bracelet ou pas, s'il fait un malaise il est en danger. Un bracelet ne pourra pas assurer sa sécurité, un humain oui. Je l'explique.
Le directeur reçoit mon courrier, et naïvement je me dis qu'il va vérifier les informations que je lui ai données et s'en émouvoir. Il n'en est rien, et je suis informée que la procédure d'identitovigilance suivra son cours et que Timothée portera un bracelet, que je sois d'accord ou pas.
Le 9 mai, Timothée est oublié dans la pièce où il regarde la télévision, la porte est accidentellement refermée, et il se retrouve ainsi enfermé, pendant 1 heure et demie. Dans ses efforts pour ouvrir la porte et donner l'alarme, il est déventilé. Il reste donc pendant une heure et demie, enfermé, seul, paniqué, déventilé. Personne n'a rien entendu (ni l'alarme de son respirateur, ni ses coups dans la porte, ni son klaxon,...). Il était en danger de mort, et conscient de l'être. Quand il m'en parle le lendemain, je comprends qu'on a frôlé le drame de très près. Je suis aussi choquée que ce soit lui qui m'en parle et pas le centre. Il n'y a strictement rien d'indiqué à ce sujet dans le cahier de liaison.
Je demande immédiatement une enquête auprès de la direction, et je garde Timothée avec moi jusqu'à ce que l'enquête donne des résultats, et que le directeur puisse m'assurer que Timothée est en sécurité au centre. J'alerte aussi l'AFM et le SESSAD APF (et quelques-uns de mes amis parce que j'ai besoin d'un soutien moral !...). En compagnie de Timothée, je dépose une main-courante au commissariat... et je me retrouve aussi un peu dans la mouise pour assurer mon boulot, puisque je dois annuler la séance de formation prévue à Paris cette semaine-là. Heureusement pour moi que mon employeur est compréhensif.
Comble de l'ironie, c'est l'après-midi même de ce jour qu'on a "bagué" Timothée au centre avec le fameux bracelet. Je me dis que décidément, on ne regrettera pas l'endroit, et vivement la rentrée prochaine. Une dizaine de jours plus tard, le directeur m'assure que Timothée peut revenir au centre, où il retourne effectivement à partir du 20 mai.
Une des mesures qui ont été prises est la mise en place d'un système de télé-alarme (en fait un capteur GPS intégré à une sonnette avec capteur). Sauf que le capteur est ultra-sensible, mal réglé, et que l'alarme se déclenche à chaque fois que Timothée tourne à droite. Ce qui me fait plutôt marrer. Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'une boîte de Monopoly coûterait moins cher, et permettrait de "surveiller" 4 à 6 gamins en même temps. Mais bon, je me dis aussi qu'on terminera sur cette apothéose.
Sauf que :
Hier, pendant le dîner, je remarque qu'un des côtés du ruban qui attache la canule de trachéotomie de Timothée est détaché. J'ai quelques difficultés, avec la têtière du corset, à lui rescratcher. Pendant l'opération, je lui demande depuis quand c'est détaché, à quelle occasion ? Il m'explique alors que le matin, pendant son change à 10h30, comme son t-shirt était mouillé on lui a changé son t-shirt.... et ce faisant on l'a décanulé (c'est à dire arrachement de la canule de trachéo, qui sort accidentellement de l'orifice). Comme la personne qui s'occupait de lui n'est pas une infirmière, elle ne pouvait rien faire, et elle a paniqué. Pendant que Timothée est décanulé il ne peut plus respirer (que par la bouche) et l'orifice de la trachéo se referme assez rapidement. Heureusement, l'AMP était accompagnée d'une stagiaire, qu'elle a envoyée chercher une infirmière. L'infirmière est arrivée, s'est lavé les mains, et a replacé la canule de trachéo. Je ne sais pas combien de temps ça a duré.
Jusque-là, c'est presque normal. Un accident ça arrive, même si ce n'était jamais arrivé à Timothée avant, alors qu'il est trachéotomisé depuis plus de deux ans. Dans ce cas on pare au plus pressé. Sauf qu'ensuite la canule n'a pas été changée ni nettoyée, et surtout qu'il n'y a eu aucun soin de la trachéo : aucun nettoyage de l'orifice avec une compresse, et on lui a remis la métalline qu'il avait depuis la veille ! Aucune mesure d'hygiène (pourtant élémentaire) n'a été observée. Et le cordon n'a même pas été rattaché correctement. Comme il était détaché d'un côté (et seulement à moitié rescratché de l'autre), Timothée aurait pu être décanulé à nouveau absolument n'importe quand ! A l'école, dans l'ambulance de retour... n'importe quand ! C'est du délire pour quelqu'un de formé aux soins de trachéo.
Et personne ne m'a informée ! Il a fallu que ce soit Timothée qui m'en parle, pour que je sache ce qui était arrivé. Une décanulation n'a rien de banal, c'est un accident traumatisant pour l'enfant, c'est quelque chose de grave et d'important !
Timothée se demande à chaque instant si ce qu'on lui fait est dangereux ou pas, si ça va dégénérer en accident ou pas, et il a peur de retourner au centre.
Jade a exigé de moi pendant le dîner que je garde Timothée à la maison, et n'a été rassurée que lorsque je lui ai dit que ce serait le cas.
Moi je me dis que s'il y retournait, au rythme où vont les catastrophes et incompétences là-bas, ils sont capables de me le tuer avant la fin de la semaine prochaine.
Je ne sais pas lequel de nous trois est le plus traumatisé, ironiquement ce n'est peut-être pas forcément Timothée lui-même.
Alors pour l'instant, il reste avec moi, et je pense probable que ce sera le cas jusqu'au 30 juin.
Voilà notre bilan des trois années que Timothée a passées en institution spécialisée.
... Vivement les vacances !
Macha.
Tous ces échanges concernant la sortie scolaire - et le "clash" qui les a fait démarrer - auront été vraiment très fructueux.
Surtout pour l'année prochaine
.
Les membres de l'équipe éducative ont eu un autre regard sur ma situation, sur l'ensemble de mes contraintes, et ils ont pris toute la mesure des problèmes logistiques à résoudre par leurs propres moyens lorsque je me sors de l'équation. Ils doivent trouver une solution au problème de transport. Comme à celui de l'accessibilité des lieux. Comme aussi à celui du change, etc...
En effet, en accompagnant ma fille, je résouds tous ces aspects d'un seul coup, puisque je m'occupe de Jade chaque fois que les activités des autres se déroulent dans un endroit non-accessible, et que je la change dans mon véhicule.
De mon côté, et j'en ai déjà parlé dans mon précédent billet, j'ai pris toute la mesure de l'effet de ma présence sur la non-intégration de Jade dans le groupe scolaire.
Alors l'année prochaine, la décision est officielle, je ne serai plus là.
Mais pour la sortie de cette année, les délais sont beaucoup trop courts pour espérer une solution miracle. Les dossiers n'ont pas été faits pour la demande de transport, la MDPH n'a pas été
saisie... et la sortie a lieu fin mai ! Voui, dans moins de 10 jours...
Donc nous avons convenu d'une solution intermédiaire (inspirée d'ailleurs des témoignages que j'ai reçus ici et sur la liste amyotrophie spinale, et pour lesquels je remercie tous les participants au débat) : je m'occupe du transport (Timothée vient aussi), et nous entrons tous ensemble au Musée. Mais ensuite, scission du groupe : Jade restera avec son AVS et ses camarades de classe, pendant que j'irai ailleurs (en indépendants ou avec un autre groupe scolaire) avec Timothée.
Nous nous retrouverons ensuite tous à la sortie, là je prendrai mes enfants en charge pour le déjeuner, et pour tous les changes de la journée (puisque je suis équipée pour ça).
Ensuite, pour la visite de la Tour Eiffel on recommencera comme pour le matin au Louvre : Jade ira d'un côté avec le reste de sa classe et son AVS, et moi d'un autre avec Timothée.
Pour cette année, je pense que c'est la moins pire des solutions pour Jade.
La prochaine réunion de PPS est prévue le 14 juin, tous les acteurs institutionnels de son intégration seront prévenus - s'ils ne le sont pas encore - du changement radical de politique en ce qui me concerne, et devront donc anticiper pour que ça se passe sans ma présence l'année prochaine.
Je suis plutôt satisfaite de la tournure des événements, et j'ai vraiment espoir qu'on ait redressé la barre. Cette crise aura été vraiment salutaire, je pense. Je ne regrette pas d'avoir fait le choix de la "facilité" pendant les années de maternelle et de CP. Après tout, il fallait probablement ça pour en comprendre tous les effets et les conséquences...
Merci encore à tous ceux qui ont pris la plume pour commenter mes déboires, vos messages me font toujours énormément de bien
!
Macha.
Je reviens, encore une fois, sur cette histoire d'école. Concrètement il n'y a aucun élément nouveau pour la prochaine sortie scolaire, mais j'ai avancé dans mes réflexions, à force d'en parler, ici et autour de moi.
C'est en racontant comment ça fonctionnait « avant », et en détaillant l'isolement de Jade dans son école, que je me rends compte aussi de l'étendue des dégâts...
« Avant », c'est à dire jusqu'à mardi matin, chaque fois qu'une activité pose un problème, je prend en charge le « problème », en récupérant Jade à la maison. Sauf pour la cantine. Lors de la rentrée au CP, on m'avait dit que le repas était un problème insurmontable, qu'il faudrait que je vienne le midi lui donner à manger (comme je le faisais en maternelle). J'ai refusé tout net. Un bras de fer s'est engagé, ça a été houleux, mais finalement l'école et la municipalité ont trouvé une solution, et Jade mange à la cantine sans aucun souci. Comme quoi...
Mais pour le reste, j'ai cédé, chaque fois :
C'est compliqué la piscine ? Alors Jade passe tous ses jeudis après-midi en tête à tête avec moi à la maison pendant que ses camarades vont à la piscine.
C'est compliqué le sport ? La sortie de cross ? Pani problem, Jade reste à la maison avec maman ces jours-là.
C'est compliqué la sortie scolaire ? OK, maman prend sa journée (personne ne s'occupe de savoir si ça arrange mon employeur ou pas), fait le voyage avec son véhicule personnel (personne ne m'a jamais remboursé le gasoil), s'occupe de sa fille, lui apporte et donne son repas (personne ne me rembourse ce repas), toute cette présence (la mienne) écartant l'intégration de Jade dans le reste du groupe. Ce qui fait que depuis le début on est dans la même insatisfaction http://macha.over-blog.com/article-10944360.html.
Pour la petite histoire, on m'a quand même toujours fait payer le prix de la sortie pour mes gamins comme pour les autres enfants, ce qui fait que j'ai toujours payé deux fois (le transport, le repas, etc...). Alors que quand on sort en famille, ça me coûte moins cher, surtout que les entrées dans les musées parisiens sont gratuites pour les personnes handicapées et pour leur accompagnateur/trice. Ahem.
Le pompon ayant été atteint lors de la sortie au théâtre l'année dernière, quand le groupe a dit « aurevoir » à Jade en entrant dans la salle, la direction du théâtre ayant refusé que je prenne Jade sur mes genoux... http://macha.over-blog.com/article-29968088.html
Pour l'école, ce qui compte, c'est le plus grand nombre, pas la cohésion du groupe. Or j'ai été nourrie de luttes ouvrières et syndicales (d'un autre temps probablement) où si on n'obtenait pas satisfaction pour TOUT LE MONDE, on ne cédait pas dans les revendications. Normalement, quand on défend le groupe ENTIER, on n'entre pas dans un théâtre si l'entrée y est refusée à l'un des membres du groupe... Que ce serait-il passé si la direction avait dit : « on n'accepte pas les noirs », est-ce que les blancs seraient rentrés et les autres auraient été refoulés, comme Jade l'a été ?
Pour la sortie scolaire, on est exactement dans le même scénario. Si on n'organise pas la sortie pour TOUT LE MONDE, alors quel sens est-ce que ça a ?
Depuis quelque temps, les relations entre Jade et ses camarades se dissolvent. Elle me dit qu'elle est seule en récréation, qu'elle n'a pas beaucoup d'amies. Elle s'inquiète de savoir comment ça se passe ailleurs, dans les autres écoles. Elle demande aux enfants qui sont dans d'autres écoles : « Est-ce que vous vous entendez bien, tous ? Est-ce qu'il y a des groupes dans votre école ? Est-ce qu'il y a des enfants qui sont tout seuls ? ». Elle insiste. Elle explique. Elle manifeste, son inquiétude et sa souffrance.
Et je me rends compte que, de compromis en compromissions, j'ai finalement participé à l'exclusion de ma fille.
Je ne lui ai pas rendu service, avant.
Lui rendre service, c'est de ne pas céder, et de mettre les gens en face de leurs responsabilités comme je le fais aujourd'hui pour la sortie scolaire. Tout ou rien.
C'est mon conseil du jour aux autres parents d'enfants handicapés. Bien sûr qu'il faut faire des efforts pour arranger les choses, résoudre certains problèmes, et apporter des solutions concrètes.
Mais céder sur le fond de l'intégration, jamais.
Macha.
Depuis 5 ans, le problème est récurrent. Il ne se pose plus que pour Jade, puisqu'elle seule est encore scolarisée « en milieu ordinaire », Timothée étant accueilli en centre spécialisé depuis sa rentrée au CP en septembre 2008.
Cette année, je reçois le programme, avec un rendez-vous le matin à l'école à 8 h 30, départ en bus, visite prévue au musée du Louvre en fin de matinée, pique-nique sous la tour Eiffel, puis visite de la Tour Eiffel jusqu'au 2ème étage, et enfin retour du bus à l'école pour 17 h 30. Cool.
Depuis leur première année de maternelle, c'est moi qui fait les transports des enfants pour les sorties scolaires. Des deux enfants, puisqu'en maternelle ils étaient scolarisés ensemble, mais aussi l'année dernière en fin de CP, puisque Timothée qui sortait à peine de l'hôpital, fraîchement trachéotomisé, avait accompagné sa soeur pour la sortie de son école.
Cette année, je conçois donc « habituel » de m'occuper aussi du transport, de l'accompagnement et du repas de Jade. Mais avec un problème pour le retour, car il faut impérativement que je sois chez moi quand Timothée rentre de son centre.
J'appelle donc l'école de Jade vendredi dernier, pour demander si Timothée peut venir (comme l'année dernière), ce qui résoudrait le problème du retour. S'il n'est pas autorisé à se joindre au groupe, pas de problème mais Jade ne pourra alors pas participer à la visite de la Tour Eiffel, puisque je dois repartir de Paris au plus tard à 15 heures, et que la visite de la Tour Eiffel est prévue pour commencer à 14 h 30.
Jusque-là, tout va bien. Sauf que...
Au début (vendredi), on me répond que la décision dépend de l'enseignant de Jade, qui a organisé la sortie pour les enfants de sa classe, et qui doit statuer s'il accepte un enfant de l'extérieur ou pas.
Soit.
Puis on me dit (hier) qu'en fait non, ça ne dépend pas de lui, mais de l'inspection d'académie (depuis ce matin cette version varie puisqu'on me parle maintenant d'inspection départementale et plus d'inspection d'académie)... mais que vous comprenez « si on commence à accepter, alors c'est la dérive, parce que les autres parents aussi vont vouloir venir avec les frères et soeurs et s'occuper eux-mêmes du transport. »
Ben tiens !
Alors je demande que l'école s'occupe donc du transport de Jade cette année. Moi je veux bien qu'elle parte en car avec ses camarades de classe ! Je veux bien qu'elle soit traitée exactement comme les autres et qu'il n'y ait aucune mesure d'exception. Je veux bien que ce soit son AVS qui s'occupe d'elle pendant la sortie scolaire, et pas moi.
D'ailleurs, je resterai chez moi ce jour-là.
On m'a raccroché au nez, et depuis je ne peux plus joindre l'école par téléphone. Soit ça ne répond pas, soit je suis orientée sur la messagerie. La directrice de l'école ne décroche pas non plus son téléphone portable.
Je n'ai pas exigé que Timothée soit accepté avec le groupe, j'ai juste posé la question. On pouvait me répondre par oui ou par non, et j'aurais adapté l'emploi du temps pour les deux enfants en conséquence. Mais ce que je trouve inadmissible, ce sont les raisons qui sont évoquées pour ne pas me répondre.
Si on m'avait dit « non, le nombre de places est limité », le problème serait déjà réglé depuis vendredi. Jade saurait qu'elle visitera le musée mais pas la Tour Eiffel, et que nous allions rentrer à Paris toutes les deux après le pique-nique, comme je l'avais supposé.
Mais au lieu de cette simplicité-là, on m'oppose un ballottement douteux, un refus de responsabilité généralisé, un dégagement en touche lâche et odieux, des arguments fallacieux.... que je ne veux plus supporter.
La sortie scolaire de l'année dernière était pourtant assez réussie (pour une sortie scolaire). Mais pour celle-là comme pour les précédentes, les enfants n'ont absolument pas eu le sentiment d'être intégrés au groupe. Nous avons toujours été mis « à part » et, comme nous sommes autonomes j'ai essayé de le faire vivre au mieux par les enfants. Mais je crois même que c'est à ces occasions-là ils ont eu, encore plus, l'impression d'être "différents".
L'école, en tout cas telle que nous la subissons ici et maintenant, est encore loin de montrer les signes d'une volonté d'intégration, d'adaptation au handicap et à la différence.
Et pourtant je sais qu'ailleurs, en France, il y a des équipes qui s'organisent autrement. Je sais pertinemment, notamment par les échanges de témoignages sur la liste amyotrophie spinale qu'il y a depuis très longtemps des écoles qui organisent les sorties scolaires en prenant en charge le transport des enfants handicapés dans le car. Ce sont leurs AVS qui les accompagnent, et pas leurs parents. Ils sont traités comme les autres, la compensation du handicap étant prise en charge par la municipalité et les collectivités locales.
Ça existe !
C'est possible.
Je n'allais même pas jusque-là dans mes revendications... moi je suivais mon petit bonhomme de chemin, en acceptant de prendre en charge le transport, l'accompagnement et le repas de Jade, comme d'habitude.
J'attendais juste qu'on me réponde, poliment et avec des arguments raisonnables, sur la possibilité ou non de venir avec Timothée.
Macha.
PS : j'ai compris maintenant que mon blog était lu par des gens des institutions concernées. J'en ferai d'ailleurs probablement un article pour l'anniversaire du blog. J'assume.
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