Du bois et des tombes

Publié le 28 Octobre 2008

A l'occasion d'un passage à l'hôpital aujourd'hui pour le corselet de nuit de Jade, nous avons dit adieu à son verticalisateur.

J'en avais parlé déjà depuis quelque temps avec les enfants, depuis que le problème de hanche de Jade est clairement identifié, et ses conséquences aussi. Je leur avais demandé s'ils étaient prêts à apporter cet engin à l'hôpital, pour qu'il soit utilisé par d'autres enfants. Jade et Timothée ont très bien saisi mon émotion, ayant beaucoup de mal moi-même à la contenir. Nous avons donc pleuré ensemble, de savoir que Jade ne sera plus jamais verticalisée, et de concrétiser ce changement par la séparation d'avec le verticalisateur.

Personnellement je préfère avoir mal une bonne fois, en entrant dans un processus de deuil bien défini, plutôt que de me cogner chaque jour à ce meuble, encombrant, et qui ne nous servira plus jamais à rien.

C'est compliqué de dire adieu à l'image de l'enfant debout. Je m'étais bien habituée à les voir verticalisés tous les deux, même si ce n'était qu'une heure par semaine, et je n'avais pas imaginé jusqu'à récemment que c'était quelque chose qui n'allait avoir qu'un temps... Je les ai même dessinés debout dans le tome 2 de leurs aventures, et c'est d'ailleurs l'illustration choisie pour la couverture.

Enfin... par une chance extraordinaire, une maman que je connais bien, dont le petit garçon va bientôt recevoir un appareillage comparable à celui de mes enfants, cherchait un plan de verticalisation pour son petit Paul. Ce matin, nous avons donc déposé le matériel pour Paul, avec une pancarte bien en évidence, car c'est à lui que nous le donnons. Et de savoir que ça va lui servir à lui précisément est une aide énorme pour nous trois.

Sinon, je suis actuellement très absorbée par diverses activités liées à l'écriture, et donc un peu moins disponible pour discuter avec les enfants. Je ne sais pas si c'est, du coup, pour attirer mon attention, ou bien parce qu'il était fatigué à l'approche des vacances scolaires, ou simplement parce qu'il en avait besoin, mais c'est dans ce contexte que, la semaine dernière, Timothée m'a entreprise dans de grandes conversations sur la mort. Et sur le devenir des corps et tout particulièrement du sien après la mort.

A plusieurs reprises, il s'est mis à pleurer, en me disant qu'il ne veut pas que son corps soit brûlé, comme celui de sa soeur Amandine, ou comme le mien (il m'avait demandé ce que je voulais faire de mon corps après ma mort et je lui ai répondu). Mais il sait que la petite maison sous la terre où est Amandine (et où je serai avec elle) est trop petite pour lui si son corps n'est pas brûlé. Alors il insiste qu'il veut que son corps soit ailleurs, dans une grande boîte et pas brulé, mais qu'il viendra, sans son corps, nous rejoindre Amandine et moi pour qu'on soit ensemble quand même.

C'est... "intéressant" :-( de faire face à ce genre de revendication, alors qu'il n'a que six ans. Et il me bouscule violemment parce que sur ce sujet, j'ai aussi des désirs qui me paraissent essentiels, comme d'être dans la même tombe que mes enfants. Et aussi de respecter les volontés exprimés par un vivant, en particulier quelqu'un que j'aime et dont j'ai la responsabilité.

Beaucoup d'émotion donc dans nos conversations. Et je n'ai pu que l'écouter et le rassurer sur le fait que ses choix seront pris en compte. Et pendant ce temps, Jade s'est mise à pleurer parce qu'elle, elle veut être avec moi et Amandine, donc elle veut bien que son corps soit brûlé comme moi, mais qu'elle ne veut pas être séparée de son frère. Et surtout qu'elle ne veut pas que je meure, ni lui, ni personne qu'elle aime.

Ils ont demandé ensuite à voir des petits films que j'ai, films édités par des protestants, sur Jésus et la Pâque. Et nous avons parlé de religion. De ce en quoi je crois. De la façon dont j'interprète tout ça...

C'est tellement étrange, de partager avec des enfants si jeunes des idées pourtant assez compliquées pour que la plupart des adultes s'y noient !?

Vivement les vacances, hein ? Faut s'reposer les bidous, bien dormir, se détendre... et penser à autre chose.

Alors aujourd'hui, après l'hôpital, nous sommes allés tous les trois déjeuner au centre commercial (c'est la fête pour Jade et Timothée). Nous avons largement profité de ne pas avoir de contrainte de kiné. Nous sommes allés nous promener dans les allées d'un grand magasin de jouets, pour nous extasier sur les trucs et les machins, sortir les boîtes, découvrir des idées de jeux... et projeter tout plein de désirs et d'envies. Bien sûr, nous sommes revenus avec quelques bricoles, de quoi aérer un peu leurs esprits

Et leur rappeler qu'à la base, ils sont des enfants, et qu'un enfant son rôle essentiel n'est pas de faire le deuil de ses meubles ou de préparer ses propres funérailles.

Mais de jouer.

Macha


Rédigé par Macha

Publié dans #Bidous

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A
Pour ma fille Clémentine, l'idée de mon incinération lorsqu'elle était petite, lui était insupportable. Elle voulait me garder dans une boîte. J'avais dit oui, puisqu'après tout quelle importance !
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C
nous venons de parler de la mort aujourd'hui même avec Maude, 3,5 ans mais en parlant de celle de ma mère... j'ai trouvé ça aussi très dur d'aborder ce sujet avec une enfant de cet âge, avec le même rappel que Sandrine à propos de la maladie... Bises à vous trois, profitez-bien des vacances et des jouets !
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E
je ne comprends pas pourquoi le fait d'avoir un problème de hanches empêche la verticalisation. personnellement, les médecins ont toujours dit à ma mère de me mettre debout pour éviter/régler ce genre de problèmes !!enfin ! les médecins savent mieux que moi !! en tout cas, bon courage pour la suite des évènements et bizoo à vous 3 !!
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I
Bonjour Macha,Moi c'est à 4 ans que j'ai abordé la mort avec mes parents. J'adorais visiter les cimetières pour les fleurs et les petits monuments. Je n'associais pas la mort à quelque chose de triste mais je voulais que toute la famille meure ensemble.J'ai d'ailleurs commencé à lire les noms sur les tombes vers 4 ans et demi. Je pense que c'est normal dans le développement
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S
c'est inévitable, un jour ou l'autre il faut passer par cette conversation avec les enfants, j'y ai eu droit aussi, c'est bien d'en parler. Biz à vous 3 et profitez bien de se moment de repos  
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